Les nageurs sauveteurs s’entraînent, les proches s’adaptent

Dans le premier volet de notre série sur le quoti­dien des nageurs sauve­teurs, Elsa, Jules et Jean-Philippe racon­taient leurs jour­nées bien remplies, entre travail, vie de famille et entraî­ne­ment inten­sif. Ils ne sont pas les seuls à devoir s’adap­ter : leurs proches aussi doivent compo­ser avec ces emplois du temps char­gés. Un équi­libre déli­cat, qu’ils dévoilent dans ce second épisode.

Elsa voit moins sa famille depuis qu’elle s’entraîne régulièrement pour devenir nageuse sauveteuse © SNSM

Il y a souvent une place vide aux repas de famille. Les nageurs sauve­teurs (surnom­més NS) consacrent une grande partie de leur temps libre à l’en­traî­ne­ment. Cet enga­ge­ment, qui dure toute l’an­née, se réper­cute sur leurs proches qui apprennent à compo­ser avec la vie de sauve­teur.

Elsa a grandi à Vallières-les-Grandes (Loir-et-Cher). Ce village est à une heure de route d’Or­léans, où elle vit et fait ses études. Entre la fac et sa prépa­ra­tion physique au centre de forma­tion et d’in­ter­ven­tion (CFI) d’Or­léans, la jeune femme à la coupe au carré a moins de temps pour voir ses parents.

Avant la SNSM, elle rentrait environ deux fois par mois. Maintenant, je ne la vois qu’aux vacances scolaires.
Angélique
Maman d'Elsa, sauveteuse en mer en formation au CFI d'Orléans

Jules n’a pas ce problème. « Comme moi, mes parents habitent à Nantes », explique le jeune homme de 20 ans. Cepen­dant, son appren­tis­sage l’éloigne parfois de sa famille. « J’ai pris ma semaine de vacances de février pour former aux premiers secours au CFI d’An­gers », raconte le sauve­teur aux yeux bleus. Il n’a pas hésité à rouler plus de cent kilo­mètres pour instruire des sauve­teurs moins aguer­ris. «  Pour moi, être à la SNSM, c’est donner de son temps pour appar­te­nir à une dyna­mique soli­daire. »

Jean-Philippe s’ac­com­mode de la situa­tion. L’ex­pé­ri­menté NS du CFI de Lyon a passé le week-end de l’As­cen­sion à Pala­vas-les-Flots (Hérault) pour enca­drer un stage en mer. Ses trois filles ont l’ha­bi­tude de cet emploi du temps alam­biqué. « Je sais que former de nouveaux sauve­teurs est impor­tant, explique Zoé, la cadette de 13 ans. On l’ac­cepte bien avec mes sœurs. »

« J’ai posé des congés pour venir l’en­cou­ra­ger »

Si le NS ne vient plus à sa famille, c’est elle qui vient à lui. Elsa a pu comp­ter sur le soutien de sa mère pendant ses quatre jours de stage mer à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée). «  J’ai posé des congés pour venir l’en­cou­ra­ger, s’ex­clame Angé­lique. Elle travaille beau­coup pour réus­sir, je ne pouvais pas manquer ça. »

La présence de sa maman est, pour Elsa, une moti­va­tion supplé­men­taire. Le stage apprend aux futurs nageurs sauve­teurs à surveiller une plage. Il faut sortir des victimes de l’eau, courir et multi­plier les efforts chaque jour.

Le soutien des proches est essen­tiel pour arri­ver au bout d’une forma­tion aussi exigeante. « Je fais des saisons depuis 20 ans et ma famille a toujours été derrière moi, raconte Jean-Philippe, du haut de son mètre 88. Elle est soli­daire de mon acti­vité de nageur sauve­teur. » Sa fille Zoé admet qu’elle aime­rait parfois passer plus de temps avec lui, notam­ment l’été quand il surveille des plages. Toute­fois, l’ado­les­cente est fière de l’en­ga­ge­ment de son père. Elle se voit sauve­teuse dans quelques années.

En juin, les huit mois de prépa­ra­tion touchent à leur fin. La saison esti­vale approche et les premières affec­ta­tions tombent. Jean- Philippe s’ap­prête à retrou­ver la baie d’Au­dierne pour la vingt-deuxième saison consé­cu­tive. Jules sera en poste à Cargese, en Corse-du-Sud. Elsa n’est pas encore fixée et attend impa­tiem­ment sa desti­na­tion. Tout comme sa mère.

Article rédigé par Rémy Videau, diffusé dans le maga­­­­­­­­­­­­zine Sauve­­­­­­­­­­­­tage n°164 (2ème trimestre 2023)